Réussir malgré tout

19 janvier 2016
Jago Kosolosky
A Lubumbashi, capitale de la province du Katanga au Congo (RDC), VIA Don Bosco travaille avec les Œuvres Maman Marguerite. Ce réseau tente d'offrir aux enfants une vie loin de celle qu’ils vivent dans la rue. Nous allons visiter avec le père Eric un chantier à la périphérie de la ville et nous écoutons la formidable histoire de Benoît Mulongo Soni, un ancien enfant de la rue.

Benoît, un homme de 37 ans joyeux et confiant, travaille déjà depuis sept années en tant qu'entrepreneur indépendant. Il est marié et a cinq enfants. Ses petits yeux – quand il était jeune, ses copains l’appelait Le Chinois - vous regardent de façon désinvolte quand vous lui parlez.

«J’ai grandi à vingt kilomètres de Lubumbashi. Ma famille était très pauvre et en tant qu’enfant en situation de rue, je suis entré en contact avec le centre Magone, une école faisant partie du réseau Œuvres Maman Marguerite. »

Un des Pères salésien a cru en Benoît et l'a envoyé à Salama, une école où il a pu profiter d'une meilleure éducation. «Là, je suis devenu électricien, mais j’ai aussi appris le jardinage. Notre atelier avait en effet peu de courant dans l'après-midi. »

Pendant ses études, il logeait au siège des Œuvres Maman Marguerite et il y a travaillé comme concierge, gardien de nuit et homme-à-tout-faire. C’est là qu'il a rencontré le Père Eric. "Cela a dû être en 1997", raconte Benoît. « Mais après seulement a commencé le défi, la vie réelle. »

Entretemps, de nombreuses missions connaissaient Benoît et sous l'impulsion des Pères, il a fondé une coopérative. «Nous étions un groupe d’anciens de Magone et nous avons commencé à mettre en œuvre de petits projets. »

Il y a cinq ans Benoît est entré en contact avec quelqu'un de l'Université de Grenoble et il a appris le concept des briques BTC. Ces « Briques de Terre Compressée » sont des briques écologiques fabriquées avec une presse manuelle.

Benoît rajoute: « Depuis 2010, une personne de l'université vient chaque année donner une formation. Je connaissais déjà bien la construction, mais j’y ai gagné tellement plus de connaissances et d’acquis. Grâce à la réussite des briques BTC nous évoluons vers une petite mais forte entreprise. »

Nous sommes à l'endroit où un mur de 700 mètres de long est presque prêt. Le mur entoure l'hôpital psychiatrique des Frères de la Charité et doit offrir aux patients le calme nécessaire.

Une affaire qui marche

Benoît n'a pas oublié d'où il vient. Quatre cinquièmes de ses salariés viennent d'écoles à projets qui accueillent d’anciens enfants de rue et il a toujours aussi des stagiaires en service.

Pendant notre visite, nous passons à côté d’un jeune homme qui travaille pour Benoît et qui a déjà économisé assez d'argent pour aller étudier. Il veut devenir prêtre et le collège l’attend. « Il choisit la foi et non les affaires, il ne veut pas finir comme moi ! » rit  Benoît.

« Ce mur n’est pas un job bien rémunéré, » nous confie Benoît un peu plus tard, « mais il peut m’aider  à plus de projets. » Et ce plan semble fonctionner. Après que les Frères de la Charité aient vu son travail, son entreprise a été immédiatement embauchée pour une tâche suivante. L'hôpital voulait construire un dortoir supplémentaire avec quatre chambres spacieuses pour les patients les plus aisés. «Pour cela, j’ai dû engager des ingénieurs et des informaticiens dans mon équipe. » Le Père Eric intervient: «Voilà sa force: il n'a pas peur de travailler avec des gens compétents. » Benoit sourit: « Je n’ai pas pu aller à l'université, mais j’apprends des autres. Vous aidez les gens et espérez qu'ils ne vous oublieront pas quand cela est nécessaire / vient à point »

Sorcellerie

Patient Kibambe (25) dirige les travaux du dortoir supplémentaire. Patient est comme lui un ancien enfant de la rue. « De 2001 à 2003, je vivais dans les rues de Lubumbashi. J’ai atterri en rue peu de temps après la mort de ma mère. Je devais aller vivre avec notre grand-mère où séjournait déjà notre nièce. Elle m'a renvoyé à la rue. Elle disait que je volais et que j’étais un enfant de sorcier. Je n’y crois naturellement pas, mais que voulez-vous faire quand vous êtes si jeune? » Patient vit aujourd'hui avec sa femme et ses deux fils près du chantier. « Si j’aime travailler pour Benoît ? Oui absolument, je lui suis éternellement reconnaissant. »

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